Pourquoi vous parle-t-on autant de prévoyance en ce moment (ici et là) ? Parce que ce sujet, en apparence technique, touche en réalité un domaine très concret : votre salaire quand la maladie s’installe.
Car personne n’est à l’abri. Une glissade sur une plaque de verglas, sur un dessin d’élève malencontreusement abandonné au sol, un retour de boomerang à la kermesse, une chute d’escabeau… ou, plus simplement, un congé de maladie qui se prolonge. Et là, mieux vaut savoir ce qui vous attend.
Mutuelle et prévoyance : ce n’est pas la même chose
Il faut d’abord distinguer deux choses.
La complémentaire santé, c’est-à-dire la mutuelle : elle rembourse une partie de vos frais de santé : consultations, médicaments, analyses, etc.
La prévoyance joue un tout autre rôle, elle sert à compenser la perte de salaire lorsque le congé de maladie se prolonge. Concrètement, au-delà de trois mois, l’État ne vous verse plus que 50 % de votre traitement. C’est alors la prévoyance qui prend le relais pour limiter la casse.
Autrement dit : quand la santé vacille, la mutuelle rembourse vos soins… mais la prévoyance protège votre niveau de vie.
Depuis 1978 : un système solide, protecteur et efficace
Depuis des décennies, les enseignants bénéficient d’un régime de prévoyance particulièrement protecteur.
Aujourd’hui, lorsque le congé de maladie dépasse trois mois, l’indemnisation va jusqu’à 95 % du salaire. Quand l’État se limite à 50 %, la prévoyance actuelle vient compléter très largement le reste.
C’est un dispositif performant, construit dans la durée, financé historiquement par l’enseignement catholique, et qui permet de ne pas basculer brutalement dans des difficultés financières au moment même où l’on est fragilisé.
À partir du 1er janvier 2027 : un basculement lourd de conséquences
Sous couvert d’économies, l’enseignement catholique prévoit de se désengager du financement historique de la prévoyance. En clair : moins de solidarité, moins de garanties, et une facture plus lourde pour les enseignants.
À la place, les enseignants seraient renvoyés vers l’offre proposée dans le cadre du nouveau dispositif d’État, en partenariat avec MGEN Prévoyance.
Présenté comme une solution de remplacement, ce nouveau système est en réalité plus coûteux et moins protecteur.
Le grand perdant : le congé de maladie ordinaire
C’est là que le bât blesse le plus.
Le congé de maladie ordinaire, ou CMO, est le congé de maladie le plus fréquent. Il existe trois grands types de congés de maladie :
– le CMO : congé de maladie ordinaire, plafonné à 1 an ;
– le CLM : congé de longue maladie, plafonné à 3 ans ;
– le CLD : congé de longue durée, plafonné à 5 ans.
Or c’est précisément le CMO, le plus courant, qui serait le plus mal couvert par le nouveau dispositif.
Avec le socle de base : payer plus pour n’être protégé… sur rien
Si vous choisissez uniquement le socle de base, vous paierez environ quatre fois plus cher qu’aujourd’hui… pour une couverture très dégradée.
Et surtout, vous ne serez pas couvert en CMO au-delà de 3 mois d’arrêt. Autrement dit, si votre congé de maladie ordinaire dépasse trois mois, vous resterez à 50 % de votre salaire, sans complément entre le troisième et le douzième mois.
En résumé : vous tombez de votre escabeau, vous collectionnez plâtre, broches et séances de rééducation… et du côté des revenus, c’est la double peine.
Avec le socle et la garantie additionnelle : plus cher encore, et toujours moins bien
Vous souhaitez être un peu mieux protégé ? Il faudra payer encore davantage.
Avec le socle et la garantie additionnelle, le coût serait environ sept fois supérieur à celui d’aujourd’hui. Et malgré cela, l’indemnisation n’atteindrait plus que 80 % du salaire, contre 95 % actuellement.
Donc, même en payant beaucoup plus, vous seriez moins bien couvert.
Le message est limpide : demain, en cas de CMO, il faudra payer plus pour toucher moins.
Ce qui est en jeu
Le sujet n’est pas secondaire. Il ne concerne pas quelques cas marginaux. Derrière les sigles et les montages techniques, la réalité est simple : la prévoyance n’est pas un luxe et ne relève pas du confort. C’est une protection essentielle face à la maladie, à l’accident, à l’imprévu.
Remettre en cause ce système, c’est faire peser sur les enseignants le coût d’une politique d’économies. C’est transférer la charge vers celles et ceux qui n’ont jamais compté leur temps et leur investissement ni monnayé leur engagement. Et c’est fragiliser encore davantage les plus exposés au moment où ils auraient justement besoin d’être protégés.
Le Snec-CFTC ne lâche rien
Pour le Snec-CFTC, ce recul n’est pas acceptable.
Nous refusons que les enseignants de l’enseignement catholique paient plus cher pour être moins bien couverts. Nous refusons qu’un système de prévoyance efficace, solidaire et protecteur soit démantelé au nom d’économies réalisées sur le dos des enseignants.
Le Snec-CFTC continue d’exiger que la FNOGEC revienne à la table des négociations et prenne ses responsabilités.
Parce qu’en matière de santé et de prévoyance, il ne peut pas être question d’abandonner les enseignants à leur triste sort.
Non, la messe n’est pas dite
Rien n’est joué.
Le Snec-CFTC reste pleinement mobilisé pour défendre vos garanties, votre pouvoir d’achat et vos droits.
Car lorsqu’on tombe malade, on a besoin de soins, de repos… pas d’un effondrement de salaire en prime.

