Salaire d’un enseignant à temps complet : 3090 € nets selon la Depp.
La dernière note d’information de la Depp (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) sur L’évolution du salaire des enseignants fonctionnaires ou assimilés entre 2023 et 2024 a le mérite de montrer que les enseignants n’ont aucune bonne raison d’être mécontents de leur sort…
C’est en tout cas ce qui fait la une de plusieurs journaux et médias et qui sera retenu par l’opinion publique. Mais le diable se cache dans les détails… Détails qui n’intéresseront personne, puisqu’il est plus facile de retenir ce chiffre : 3 090 € net pour un enseignant en 2024.
Sauf que ce chiffre ne raconte pas la réalité, il la déforme!
Faisons néanmoins l’effort de rentrer dans les détails pour découvrir ce que ce chiffre dissimule de la réalité quotidienne des enseignants.
Quels sont les enseignants concernés ?
D’abord,vous noterez que la population enseignante concernée par cette note est seulement celle des fonctionnaires et assimilés, exit donc les 17 à 19 % de maîtres délégués du privé sous contrat qui assurent les mêmes missions d’enseignement dans nos établissements scolaires. L’avertissement de la première page de cette note d’information indique bien que les maîtres délégués du privé et les enseignants contractuels du public représentent 8 % du personnel enseignant. Ils perçoivent, en moyenne, 2130 € net par mois. Ils ne seront néanmoins pas intégrés à cette moyenne par la Depp … probablement parce qu’ils la feraient chuter dangereusement ? Ainsi, la moyenne est déjà faussée en excluant les maîtres contractuels agents précaires de l’Éducation nationale.
Un salaire moyen ou une médiane ?
Ensuite, intéressons-nous à cette moyenne : pourquoi une moyenne et pas une médiane ? Pour établir la moyenne, on additionne tous les salaires et on divise par le nombre d’enseignants. Elle traduit ce que chacun devrait recevoir si l’on partageait à parts égales (ici 3090 € pour les enseignants titulaires du public et du privé). Le problème est qu’une moyenne est très sensible aux valeurs extrêmes (les très hauts et très bas salaires).
Il aurait été plus pertinent et plus représentatif de communiquer sur la médiane, qui est la valeur qui sépare la population des enseignants en deux parties exactement égales et qui est insensible aux valeurs extrêmes. Par exemple, sur une population fictive de cinq enseignants touchant respectivement 2200 €, 2500€, 2800€, 3500 € et 5000€, la moyenne est à 3200 €, alors que la médiane est à 2800€. La médiane permet de séparer la population enseignante en deux groupes égaux : deux enseignants gagnent strictement moins et deux gagnent strictement plus.
Utiliser la moyenne permet donc d’afficher un chiffre flatteur (3090 € pour l’ensemble des enseignants), mais faussé, car tiré vers le haut par une minorité, alors que la médiane indique le niveau de rémunération sous lequel se situe exactement la moitié des enseignants !
Tous les enseignants sont-ils logés à la même enseigne ?
La distinction entre professeur des écoles (sans heures supplémentaires), certifiés et agrégés (avec possibilité d’heures supplémentaires) et le critère déterminant de l’ancienneté achèvent de rendre cette moyenne peu significative. En effet, le salaire des enseignants est établi en fonction de ces critères : l’ancienneté, le statut (professeur des écoles, certifié, agrégé, professeur de chaire supérieure), les heures supplémentaires et les pactes (seulement accessibles au second degré), les primes (ISOE part modulable, IMP, examens, etc.).
La réalité est donc que l’écart de salaire entre les professeurs des écoles et les professeurs agrégés et de chaire supérieure est très important. L’étude de la Depp établit en effet que les professeurs des écoles gagnent en moyenne 2850 € par mois, « la moitié des professeurs des écoles gagnant moins de 2770 € ». De l’autre côté du spectre, les professeurs agrégés et de chaire supérieure gagnent en moyenne 4080 € par mois.
Comment expliquer de tels écarts ?
La grille de rémunération est tout d’abord bien plus favorable aux agrégés. Mais elle ne suffit pas à expliquer un tel écart. Les professeurs des écoles sont les grands perdants ! En effet, il n’existe pas d’heures supplémentaires accessibles aux professeurs des écoles et peu d’heures de pacte. De plus, la Depp explique le plus faible niveau moyen de rémunération au premier degré par une moins grande longévité du corps des professeurs des écoles, « qui sont proportionnellement plus nombreux en classe normale et moins nombreux en hors classe que leurs homologues du second degré ».
Ce que la note d’information n’indique pas, mais que nous pouvons interpréter, c’est que la perte d’attractivité du métier de professeur des écoles explique sans doute cette moindre longévité du corps des professeurs des écoles (crise du recrutement, perte de sens, reconversion professionnelle).
Qu’en conclure concernant le salaire des enseignants ?
Les professeurs des écoles du premier degré, les enseignants en milieu de carrière qui ne bénéficient plus ou très peu de la prime d’activité, les collègues qui ne prennent pas les heures supplémentaires, les pactes ou les primes diverses et variées apprécieront particulièrement l’ironie de ce salaire moyen déconnecté du réel, et qui ne tient pas non plus compte des salaires des maîtres délégués
À nous, enseignants, de nous mobiliser pour exiger de l’État que le métier soit revalorisé, qu’il redevienne attractif, afin qu’il ne soit plus nécessaire de « ferrer » les entrants avec la prime d’attractivité pour finalement laisser les enseignants en milieu de carrière se paupériser, faute de perspective salariale décente
Le Snec-CFTC dénonce une communication qui entretient une image faussée de la rémunération des enseignants.
Les promesses, ça suffit !
Emmanuel Macron avait promis une augmentation de 10 % pour tous les enseignants. Cette promesse, les enseignants l’attendent encore.
Hier, Édouard Philippe annonçait à son tour, dans une interview, une augmentation de 20 % des enseignants s’il est élu président de la République.
10 %, 20 %… Les enseignants ne veulent plus de promesses. Ils veulent des actes.
Depuis trop longtemps, la question des salaires est traitée à coups d’annonces, de primes et de dispositifs non pérennes, sans véritable réponse à la perte de pouvoir d’achat et au déclassement de la profession depuis 30 ans.
Une profession ne se revalorise pas avec des effets d’annonce ou à coups de com. Elle se revalorise durablement, par le salaire, les carrières et les conditions de travail.
20 ans que l’École est sous perfusion avec un enchaînement de réformes incessantes, de multiples promesses sur la rémunération, de mesurettes pour faire patienter, et au bout du compte, une perte d’attractivité du métier.
Combien de temps encore faudra-t-il attendre ? À quand l’électrochoc pour l’école ? Pour le Snec-CFTC, il est urgent de sortir des coups de com et de passer à un véritable dialogue social avec les organisations syndicales et les acteurs de terrain, afin de construire des réponses durables et concrètes pour l’ensemble des agents.
Le Snec-CFTC demande :
- une revalorisation salariale significative ;
- des carrières attractives, notamment pour le milieu de carrière ;
- une baisse d’élève par classe ;
- une reconnaissance du travail et de l’engagement des enseignants ;
- de meilleures conditions de travail ;
- des moyens à la hauteur des ambitions affichées pour l’École.